Une athlète de l’équipe de France de trampoline racontait un jour à Andréa Gimazane que toutes ses coéquipières géraient leurs fuites urinaires en cachette, en portant un tampon même en dehors de leurs règles pour créer un effet compressif. Aucune n’en parlait à son coach. Aucune n’en parlait à ses parents. Cette anecdote résume assez bien le problème : les fuites urinaires touchent énormément de monde, et presque personne n’en parle à la personne qui pourrait justement adapter son entraînement en conséquence, toi.
Dans un récent épisode d’Hexfit Trends, Andrea Gimazane, enseignante en activité physique adaptée (APA), intervenante en santé sexuelle et fondatrice de Pelvicfloow Studio, est venue démystifier ce sujet encore tabou dans le monde du sport. Voici ce que tu dois en retenir en tant que coach ou professionnel de l’activité physique.
Le plancher pelvien, ce n’est pas juste « un truc de femme enceinte »
Le plancher pelvien est un ensemble de muscles qui soutient les organes du bassin et qui joue un rôle direct dans la continence urinaire. Le réflexe le plus courant, c’est de l’associer uniquement à la grossesse et au postpartum. C’est une partie de la réalité, mais pas toute la réalité.
Andrea le rappelle bien : les fuites urinaires concernent aussi les femmes en périménopause et en ménopause, ainsi que certaines sportives de haut niveau, peu importe qu’elles aient eu des enfants ou non. Le lien entre plancher pelvien et pratique sportive intense (course à pied, trampoline, sports à impact) est réel, et il mérite d’être connu par toute personne qui encadre ces populations.
Pourquoi tes clientes ne t’en parlent pas
Le sujet reste très inconfortable à aborder, y compris pour des athlètes de haut niveau. Beaucoup développent des stratégies d’évitement plutôt que d’en parler ouvertement : elles réduisent leur consommation d’eau avant une séance, évitent certains mouvements sans explication, ou trouvent des solutions de fortune comme celle du tampon utilisé hors période de règles. Ces stratégies sont souvent inconfortables, parfois irritantes pour la personne, et surtout elles n’adressent jamais la cause du problème.
Si une cliente ne te dit rien, tu risques deux écueils opposés : aller trop fort dans l’intensité et aggraver la situation, ou au contraire éviter des exercices par précaution alors qu’ils ne posent aucun problème une fois bien adaptés.
Aucun sport n’est interdit
C’est un des messages les plus importants de cet échange : il n’existe aucun mouvement et aucun sport strictement interdit en cas de troubles abdomino-pelviens. Le fameux interdit du crunch, répété pendant des années, ne tient d’ailleurs pas face aux études : éternuer génère plus de pression intra-abdominale qu’un crunch bien exécuté.
Le vrai enjeu n’est donc pas d’interdire, mais d’adapter. Chaque personne, chaque symptôme, chaque contexte (postpartum, ménopause, entraînement à haute intensité) demande un ajustement spécifique pour ne pas provoquer ou aggraver les fuites, sans pour autant priver la personne de l’activité physique dont elle a besoin. C’est là où ton rôle de coach devient central.
Ce que tu peux faire concrètement
Trois choses sont à ta portée, sans sortir de ton champ de compétences.
D’abord, ouvrir la porte à la conversation. Tu n’as pas besoin de poser des questions intrusives en plein cours collectif, mais signaler que c’est un sujet que tu prends au sérieux et que tu es disponible pour en parler change souvent tout pour une cliente qui n’osait pas aborder le sujet.
Ensuite, adapter plutôt qu’exclure. Une fuite urinaire signalée n’est pas un motif pour retirer une personne de ton programme, c’est une information pour ajuster l’intensité, la posture ou la progression d’un exercice.
Enfin, savoir orienter. Ton rôle n’est pas de traiter le problème, mais de reconnaître les signes et de diriger la personne vers un professionnel spécialisé, typiquement un kinésithérapeute formé en rééducation périnéale. Construire cette relation de confiance avec des professionnels de santé fait partie intégrante d’un accompagnement sérieux.
Qui est Andréa Gimazane ?
Andrea Gimazane est enseignante en activité physique adaptée et intervenante en santé sexuelle. Elle est titulaire d’un Master STAPS IRHPM (Ingénierie de la Rééducation, du Handicap et de la Performance Motrice) obtenu au Mans, ainsi que d’un DU en Santé Sexuelle de l’Université Paris Descartes. Elle a aussi complété sa formation à Montréal, avec une approche inclusive pour la communauté 2SLGBTQIA+.
Elle a fondé Pelvicfloow Studio pour offrir un espace chaleureux et inclusif où reprendre ou découvrir une activité physique en toute confiance, avec un accompagnement adapté aux troubles abdomino-pelviens.
Pour aller plus loin
Si tu veux creuser le sujet en détail, l’épisode complet avec Andrea Gimazane est disponible sur Hexfit Trends. Tu y retrouveras les facteurs de risque en détail, des cas concrets d’adaptation de séances, et des pistes pour construire une relation de confiance avec tes clientes sur ce sujet encore trop peu abordé dans le monde du sport.